Portrait de Vitriot

La richesse d'une ville réside dans la richesse de ceux qui y habitent. Parmi eux, Jean Louis Trocherie devenu luthier qui nous raconte ici sa reconversion et nous fait partager sa passion.



Je réside à Vitry depuis 2004. Il y a quatre ans, j'ai entrepris une reconversion professionnelle en lutherie après une carrière dans l'art contemporain. Cette décision est intervenue après avoir depuis quelques années développé un intérêt pour la facture instrumentale à travers la fabrication d'un clavecin. Ce clavecin a été ma porte d'entrée dans le monde de la fabrication des instruments et c'est en visitant l'atelier du facteur Marc Ducornet que le déclic s'est opéré. L'ambiance de l'atelier, les outils, les essences de bois, les instruments en devenir ont été révélateurs et j'ai compris que je devais aller dans cette direction.


Retour à Vitry


Mélomane j'ai voulu connaître de plus près les musiciens et leurs instruments. Je me suis formé en Angleterre à West Dean College, en lutherie spécialisée dans la facture de la viole de gambe, une des rares écoles qui propose cet enseignement.

Après deux ans de vie expatriée et diplôme en poche je suis revenu vivre et installer mon atelier à Vitry. Je travaille donc chez moi.


Inspiré par Tous les matins du monde


Mon interêt pour cet instrument remonte certainement à sa découverte grâce au film d'Alain Corneau sorti en 1991 « Tous les matins du monde ». La viole de gambe, véritable personnage au centre du tête à tête entre le compositeur Monsieur de Sainte Colombe et son élève Marin Marais, nous plonge dans l'univers poétique et sonore du XVIIème siècle français. La découverte des répertoires de la période baroque au cours des décennies passées, m'a amené à pratiquer de cet instrument et finalement aujourd'hui à le fabriquer. Le film faisait la part belle à la basse de viole mais aussi à la musique de « consort » que l'on joue à plusieurs. La viole de gambe, c'est une famille d'instruments qui se développe en Europe dès le 16ème siècle pour disparaître presque complètement à la fin du XVIIIème siècle pour finalement être redécouverte au début du XXème siècle avec un coup d'accélérateur dans les années 90 grâce à ce film notamment et aux musiciens qui tel Jordi Savall ont fait beaucoup pour révéler ce répertoire au plus grand nombre.


La famille des gambes


Qui dit famille, dit plusieurs tailles d'instruments que l'on tient verticalement entre les genoux, du plus petit au plus grand : Dessus, Ténor, et Basse. On confond souvent la viole de gambe avec la famille du violoncelle mais en réalité les instruments ont peu à voir excepté que ce sont des instruments dont on frotte les cordes avec un archet et les deux familles sont apparues simultanément. Ce qui distingue notamment la viole de gambe, c'est le nombre de cordes qui varie de 5 à 6 ou 7 et la présence de frettes sur le manche (comme sur une guitare). La tenue de l'archet diffère également puisque l'on tient la baguette par dessous alors que l'ont tient la baguette par dessus pour le violon ou le violoncelle.

Il existe aujourd'hui de nombreux enregistrements de musique qui explorent le répertoire de la viole de gambe, je citerai ici notamment l'ensemble L'Achéron dirigé par le violiste François Joubert-Caillet : A découvrir ici


Une jolie histoire


L'instrument ayant été progressivement abandonné par les musiciens, la fabrication a été arrêtée et le savoir-faire des luthiers a été oublié. Heureusement il subsiste des traités et quelques rares instruments originaux qui sont parvenus jusqu'à nous que l'on peut découvrir au Musée de la musique à Paris, et qui nous permettent de reconstruire aujourd'hui des violes de gambe avec en tête la quête du son tel qu'il pouvait raisonner dans les salons au XVIIème siècle.

L'atelier est l'endroit où je passe le plus clair de mon temps, absorbé par l'instrument en progression sur l'établi. Alternance de recherche historique et de mise en oeuvre pratique, la lutherie est riche de sensations : plaisir de manipuler les outils, et d'interagir avec les différentes textures propre à chaque essence de bois. Les bois que j'utilise, essentiellement de l'érable et de l'épicéa, viennent du Jura et sont très soigneusement sélectionnés. Je fabrique toutes les pièce moi-même, y compris les chevilles. Je n'ai pas parlé des cordes, elles sont en boyau et de calibre différents, de la plus grosse pour les cordes graves à la plus fine pour les cordes aiguës.

Mes instruments s'adressent aux musiciens professionnels comme aux amateurs et sont réalisés avec le même soin afin d'exprimer la beauté du répertoire musical de la viole de gambe.



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