Banlieues : une police en roue libre

Par Michelle Guerci sur le blog de Médiapart

Dans la nuit de samedi à dimanche, dans plusieurs villes de banlieues, des révoltes ont éclaté à la suite de pratiques policières qui semblent sans limite depuis le confinement. Alors que ces quartiers populaires sont durement frappés par la pandémie.



Il y a les insultes (1), systématiques, les gifles, ici, à Damary-les-Lys dans le 77 (2), là, à Marseille (3), les coups qui pleuvent, les palpations des parties génitales pour les hommes, systématiques aussi (2) … Et puis il y a les morts si nombreux depuis si longtemps… Depuis le 8 avril, 5 personnes ont été tuées par la police, 3 autres ont été blessées gravement et 7 ont porté plainte pour violences policières. Cette nuit, à Villeneuve-la-Garenne, à Aulnay-sous-Bois, à Suresnes, à Fontenay, à Villepinte, dans le quartier du Mirail à Toulouse, etc, des révoltes ont eu lieu. Pas des « échauffourées », pas des faits divers, pas des rodéos, pas des « agressions de la police » par des bandes de jeunes, comme on peut le lire ici ou là, non des révoltes de jeunes qui n’en peuvent plus de subir les violences policières. Violences policières, même ce mot est galvaudé, ça dure depuis si longtemps, la liste des prénoms des victimes s’allonge… Il s’appellent Théo, Adama, Amin, Babacar, Youcef, Angelo, Chems, Abdoulaye, Mohamed, Walid,  Rémi, etc. majoritairement des jeunes Noirs et Arabes. (4) Ce monde d’après ou un racisme d’Etat qui s’aggrave  Pourtant on aurait pu croire que  la répression violente des mouvements sociaux, des Gilets jaunes et ceux qui ont suivi (contre la loi sur les retraites, etc..) avec la liste effarante de ceux qui ont perdu un œil ou un membre, dressée avec obstination par le journaliste David Dufresne, aurait fait comprendre, notamment aux partis de « gauche » que, le traitement réservé aux habitants des quartiers populaires pendant des décennies est, de fait, un terrain d’expérimentation, que les pratiques criminelles de la police française concernait dorénavant tous ceux qui se révoltent… On aurait pu, et pourtant… Le monde d’après, il se dessine aujourd’hui, sous nos yeux aveugles. Et dans le silence des médias et des partis politiques. En plein confinement, la police française, dans les rues vides, dans les nuits noires de préférence, sans témoins, croient-ils, se livre, sans retenue aucune, sur les habitants qui ont le mauvais faciès, habitent dans les mauvais quartiers…à des pratiques ignobles, insupportables, illégitimes. Ils insultent encore plus, humilient encore plus, frappent, mettent en danger sans complexe la vie de ceux qu’ils croisent, jeunes de préférence.  « Ils se lâchent », disent les habitants. Oui, ils se lâchent. Car l’état d’urgence sanitaire justifie tous les abus de pouvoir. A gauche : silence radio  Sur les vidéos de ces agressions que les témoins font circuler sur les réseaux sociaux, on peut voir cette chasse à l’homme, en meute en général, pour interpeller telle ou telle personne isolée qui rentre chez elle. Cette obsession raciale de la police française s’appelle le racisme d’Etat… Il ne s’agit pas de «cas»  isolés dans une police républicaine, contrairement à ce qu’explique la grande majorité de la « gauche » de ce pays. Mais bien d’un système raciste dont les racines sont évidemment la colonisation française, documenté à maintes reprises. Un système qui perdure et donc s’amplifie. Pourquoi aucune dénonciation par les partis de « gauche » de ces pratiques policières iniques en plein confinement, alors que les habitants des quartiers populaires paient déjà une si lourd tribu de la pandémie (selon l’Insee (5), en Seine-Saint-Denis, la mortalité a augmenté de 100% en un mois). Que la faim guette (6) dans beaucoup de familles. Pourquoi leurs députés, les responsables politiques ne se rendent-ils pas sur place pour parler aux habitants, pour leur apporter leur soutien ? Pourquoi ces agissements policiers ne sont-ils pas dénoncés publiquement ? Pourquoi aucune question au gouvernement sur ces pratiques? La presse objective : « cinq minutes pour les Juifs, cinq minutes pour Hitler » (Godard) Pourquoi peut-on lire dans la presse française d’excellents papiers qui documentent le racisme systémique aux Etats-Unis et rien ou si peu sur ces questions en France ? Pourquoi le traitement journalistique des violences policières en banlieue est toujours biaisé, (Mediapart, étant l’exception qui ne confirme pas la règle) ? Soit la seule version des faits est celle de la police (c’est la spécialité du Parisien devenu le quasi porte-parole de l’institution policière, cf..) soit, c’est la problématique des « deux thèses qui s’affrontent » chère au Monde (grand spécialiste de l’objectivité bidon), celle des flics et celle des habitants, même si, les faits, documentés par vidéos, prouvent à l’évidence que la police ment. De plus les journalistes de terrain qui couvrent ces événenements, sont empêchés par une police ultra-agressive, à l'instar de Taha Bouhafs violemment interpellé par les FDO, hier soir à Villeneuve-La-Garenne, avant d'être relâché. A Villeneuve-la-Garenne donc, une voiture de police banalisée à l’arrêt, sans gyrophare, voit un jeune homme arriver en scooter à toute vitesse…Un des policiers de la voiture, commissaire, de surcroît ouvre sa portière sur le jeune qui arrive en trombe. Il est propulsé en l’air et s’écrase sur un poteau. Dans un communiqué daté du 19 avril, la Préfecture de police affirme que le motard a manqué de « renverser le chef de bord  » (7).  Faux évidemment, tous les témoins le disent, les policiers étaient à l’intérieur de leur voiture et n’en sont sortis que lorsque l’homme était à terre hurlant de douleur. Une enquête est ouverte plainte est déposée sur l’ensemble des faits et pour «rodéo sur voie publique, mise en danger de la vie d’autrui, menaces de mort et outrage » contre la victime. Laquelle porte plainte aussi. Plainte dont on aimerait tant que l’issue judiciaire ne confirme pas la règle de l’impunité policière. Dans le monde d’après qui se dessine aujourd'hui, les pratiques policières meurtrières sont exacerbées. Dans un silence assourdissant. Les habitants de banlieues sont seuls et ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Alors les tribunes multiples sur demain qui ne pourra plus jamais être comme aujourd'hui, soudain, exaspèrent. La solidarité s’éprouve maintenant. Trop de mots, pas assez d’actes. (1) A Damary-Les-Lys (2) A Damary-les Lys (77)  (3) A Marseille (4) (5) Insee, 17 avril. (6) (7) Communique de presse de la police sur les événements survenus à Villeneuve-la-Garenne

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