Derrière l’appel du ministre de l’agriculture, des Français rêvent d’un retour à la terre

Citadins ou périurbains, habitués ou non du travail agricole, certains voient dans l’épidémie une confirIls ont été presque trop nombreux à répondre à l’appel lancé par les autorités. Près de 150 000 personnes ont postulé pour aider les agriculteurs en mal de saisonniers pour les récoltes et les semis de printemps, sur le site officiel Des bras pour ton assiette. C’est plus que les besoins déclarés en ligne par les maraîchers, à l’heure où ces derniers s’inquiètent parfois davantage de leur capacité à écouler les récoltes, en raison de la fermeture des marchés.

Mais au-delà des besoins réels, l’appel du ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, à « rejoindre la grande armée de l’agriculture française » – et, plus largement, la pandémie de Covid-19 – alimente une tendance de fond : la situation confirme des vocations et amplifie des projets de reconversion. Pour certains, qui ont répondu à un appel à témoignages sur notre site, cette période inédite est l’occasion, enfin, de rejoindre les « champs ». La crise fait parfois ressortir un sentiment, viscéral, que l’avenir est dans les campagnes plutôt qu’en ville. Pour les uns, cette conviction est entretenue depuis un appartement que l’on aimerait troquer pour une ruralité rêvée, pour d’autres, déjà impliqués dans le monde agricole, l’épidémie vient justifier un engagement existant.

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« J’avais vu tous ces soignants débordés et je me suis dit qu’enfin, il y avait moyen de se rendre utile quelque part », témoigne Mélanie, 37 ans, libraire à Poissy (Yvelines), qui s’est inscrite sur la plate-forme dès qu’elle en a entendu parler. Si elle a peu d’espoir d’être recontactée, vu le faible nombre d’exploitants ayant besoin d’aide près de chez elle, elle se promet d’accélérer un projet nourri depuis longtemps : s’installer en Bretagne avec mari et enfants, pourquoi pas en se reconvertissant dans l’agriculture. « On est pieds et poings liés en région parisienne, un peu comme pendant la guerre. Si la province ne nous fournit pas ou que les chaînes sont bloquées, on n’a rien du tout », dit-elle. « C’est flippant de se dire ça. Si les gens ne veulent pas travailler dans les supermarchés, si les marchés sont fermés… »

« Ça me donne envie d’accélérer »

Nicolas, 23 ans, étudiant à AgroParisTech est un habitué du woofing (travail agricole temporaire contre toit et couvert). Cette année, il a vu son stage auprès d’exploitants agricoles au Pays basque espagnol tomber à l’eau en raison de l’épidémie. Inscrit lui aussi, il espère recevoir prochainement un coup de fil d’un exploitant dans la région lyonnaise : « Je conduis des tracteurs, donc j’ai bon espoir d’être embauché. » Mais il ne se fait pas d’illusion sur la productivité des volontaires par rapport à des saisonniers « très efficaces », mais aussi précaires et souvent mal payés. « Je ne sais pas quel est le vrai apport que les gens peuvent avoir… »

« Pourquoi ne pas laisser les futurs travailleurs de la terre aller s’aguerrir sur le terrain en temps de crise au lieu de les laisser confinés chez eux ? »

A Lyon, Jean-René, salarié dans l’horticulture et en formation pour devenir maraîcher, fait partie de ceux qui pourraient avoir une vraie utilité et, pourtant, il se retrouve bloqué chez lui, la faute à des incompatibilités administratives entre le statut de stagiaire et celui de saisonnier. Son stage de quatre semaines auprès d’un maraîcher a été suspendu. « Pourquoi ne pas laisser les futurs travailleurs de la terre aller s’aguerrir sur le terrain en temps de crise au lieu de les laisser confinés chez eux ? », s’interroge-t-il. La crise le conforte cependant dans son projet d’installation en maraîchage diversifié, à l’heure où les paniers de légumes de son maître de stage partent comme des petits pains et où le pépiniériste qui l’emploie voit la demande de plants de légumes et de graines exploser. « Ça me donne envie d’accélérer, il y en a besoin, c’est essentiel et il y aura certainement de la demande en face », dit-il.

« L’alimentaire est redevenu un enjeu primaire »

Sans parler de réorientation, Julien, 40 ans, directeur des ressources humaines dans un grand groupe à Marseille, note qu’« il y a une surréaction des citoyens sur l’alimentaire, avec la fermeture des restaurants, l’effet de submersion des supermarchés. L’alimentaire, qui est habituellement un enjeu relativement indolore, est redevenu un enjeu primaire ». Il ira, si l’inactivité vient, proposer son aide au réseau paysan Terre de liens, regroupant des fermes acquises par le biais d’épargne citoyenne et louées à des agriculteurs, avec un cahier des charges centré sur « une production biologique ou paysanne ».

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L’écho de l’appel du ministre de l’agriculture s’explique aussi par un désir plus large de se rendre utile, de participer à la solidarité nationale. « J’ai appelé un Ehpad, j’ai appelé un supermarché, mais ils n’ont pas besoin », relate Charlotte, intermittente parisienne de 28 ans passant le confinement en Vendée. Il y a dix jours, la jeune femme a multiplié les coups de fil à des amis pour trouver un coin de verdure et a finalement trouvé refuge dans une maison appartenant à la famille de son conjoint.



Elle s’est aussi inscrite pour aider les agriculteurs, mais là non plus aucune offre, poursuit-elle, avant d’annoncer avoir enfin trouvé : la mairie du village va l’autoriser à circuler pour porter des courses aux retraités. Pour autant, la jeune femme ne perd pas de vue l’évidence qui l’a saisie au premier jour du confinement : l’impossibilité de le passer dans son 20 m2 parisien. Depuis, elle caresse l’idée « d’avoir un endroit où, quoi qu’il arrive, je puisse me retrouver, un petit terrier où être en sécurité ». Et épluche les petites annonces pour trouver son refuge, idéalement une bergerie en montagne, dans la limite de 15 000 euros. S’il empêche les sorties, le confinement n’interdit pas de rêver à un retour à la terre, plus ou moins tangible.mation que leur avenir est dans les champs plutôt qu’en ville.



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