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Collecte des biodéchets, nous sommes loin du compte !

Par Gérard Marcon






Passé ce récapitulatif visuel sur la réglementation en vigueur en matière de biodéchets, venons-en aux faits. Seule une centaine de communes représentant 6,2% de la population française disposent d'infrastructures de collecte des biodéchets. L'Ademe considère que seulement 38% des collectivités françaises seront prêtes pour collecter les biodéchets au 1er janvier 2024.

 

Annoncé depuis 2015, prévu au 31 décembre 2023 par la réglementation européenne et la loi AGEC (Loi anti-gaspillage pour une économie circulaire) , le tri à la source des biodéchets n’est pas une surprise : les collectivités ont eu plus de 8 ans pour se préparer à sa mise en œuvre auprès des citoyen·nes.

 

L'intérêt et la nécessité de collecter les biodéchets n'est plus à démontrer. Dans les OMR (Ordures Ménagères Résiduelles) de nos poubelles, ils représentent au minimum 30% de poids de nos déchets. Composés en majeure partie d'eau, on considère que chaque français.e.s en produit environ 85kg par an. À l'échelle du territoire cela représente 5,5 millions de tonnes par an.

 

Concernant notre territoire Grand Orly Seine Bièvre, l'état des lieux est affligeant. En 2022, 3600 tonnes de biodéchets ont été récoltées soit pour 720 000 habitants 0,005 kg/an par habitant.

 

Cette collecte n'a été réalisée que par le volontariat des habitant.e.s  qui ont emprunté un composteur individuel ou un lombricomposteur aux syndicats de traitement des déchets ou qui se sont regroupé.e.s autour d'un composteur de quartier.

 

Il est fort probable que le bilan de 2023 ne sera que faiblement supérieur puisqu’aucun dispositif nouveau n'a été proposé à la population. Malheureusement, l'année 2024 qui légalement devrait être celle de la mise en place d'une collecte généralisée des biodéchets ne sera pas meilleure, le même dispositif de prévention ayant été reconduit. À savoir : prêts de composteurs individuels ; de lombricomposteurs ; aide à la création de composteurs de quartiers sur la base de volontariats. Rien de prévu en 2024 sur la mise en place d'un dispositif de collecte pour chaque foyer. Selon les responsables du territoire chargés des déchets cela est au stade de la réflexion.

 

 

L'argument avancé est récurrent : cela va coûter plus cher car il faudra augmenter les passages de collectes !

 

Cet argument est faux. Toutes les collectivités qui se sont lancées sérieusement dans la collecte des biodéchets font le même constat. Qu'elles aient opté pour la collecte en porte à porte ou pour l'apport volontaire dans des bornes (à la condition qu'elles ne soient pas à plus de 100 mètres du domicile), ont remplacé une tournée de collecte de déchets ultimes par une de biodéchets. D'autre part, les biodéchets ont une valeur marchande que n'ont pas ou ont moins les déchets ultimes qui sont mis en incinération et font l'objet de la taxe sur les activités polluantes. Les biodéchets produisent du méthane transformé en énergie ou en électricité avant d'être rendus à la terre pour la fertiliser.

 

Le transfert de compétences au territoire Grand Orly Seine Bièvre, dont fait partie la collecte des déchets, devait améliorer les performances de collecte en diminuant les coûts grâce à la mutualisation. On constate qu'il n'en est rien, bien au contraire. Les responsables en charge de la collecte des déchets au niveau territorial se heurtent à la mauvaise volonté des élus locaux auxquels ils ne peuvent pas imposer l'organisation nécessaire à la collecte des biodéchets. Ce phénomène est accentué à Vitry sur Seine qui a gardé la gestion du personnel de collecte, contrairement à la majorité des autres villes qui ont transféré leur personnel au territoire.

 

Concernant la collecte des biodéchets pour les gros producteurs (marchés, cantines, restauration collective, etc) la réglementation impose depuis 2016 aux communes d'en assurer la collecte à des fins de compostage dès lors que le tonnage annuel produit atteint les 10 tonnes, ce qui est généralement le cas de la plupart des marchés et restaurants collectifs. Là encore le constat de non-respect de la législation est affligeant puisque aucune commune ne respecte cette réglementation et qu'au niveau du territoire la réflexion sur ce sujet commence à peine à être engagée. Vitry sur Seine n'est pas en reste alors que la ville accueille le plus gros marché en termes de volume du Val de Marne. A Vitry, plutôt que travailler à réduire les déchets ayant vocation à rejoindre les incinérateurs, on préfère, sur l’ancien site EDF, laisser se concrétiser le projet d’une “chaudière à biomasse” (en réalité un incinérateur de bois de catégorie B, donc pollué) de grande capacité fournissant de la vapeur d'eau pour alimenter le réseau de chauffage urbain. L’entreprise DALKIA réaliserait ce projet pour sa maison mère EDF, propriétaire du site.

Ce nouveau méga-projet achèverait de faire du Val de Marne, avec l’incinérateur d’Ivry et le nouveau four prévu à Créteil, le département français champion de l’incinération, continuant à dégrader la qualité de l'environnement dans des quartiers toujours plus denses installé à proximité de ces incinérateurs, dont, la preuve par l’étude réalisée à Toulouse, les sols les environnant sont pollués par les rejets de fumée (voir ici).

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